COLLOQUE

Jason Behrmann (doctorant en sciences biomédicales, option bioéthique, Université de Montréal)

« Emerging Allergy and Asthma Medications: Science or Science-fiction? »

Countless technological revolutions in the biomedical sciences have propelled medical treatment into fields that were once the domains of science-fiction. This reality is particularly observed in research concerning novel allergy and asthma therapeutics. Allergies and asthma-allergies being a main inducer of asthma-are chronic illnesses that are exploding into epidemic levels in industrialized countries. Various treatments and cures for these illnesses have been around for generations. For example, immunotherapy, a cure for allergies, was first described in 1911, and certain asthma relievers date back to the 1960's. The growing epidemics of these illnesses provide impetus for improved therapeutics: thus, what do we currently see emerging?

For one, drugs in immunotherapy are entering the biotechnology sphere where genetically engineered compounds hold great promise. However, will our society view these compounds as 'Nature perfected', or as 'alien' substances with unknown risks? The method of administration of these drugs is positioned for revolution. One possible innovation, for example, involves tattooing biotech therapeutics into one's skin. Is our society ready to change its mindset concerning this art, from one of disease risk (HIV transmission) to one of health benefit? Scientists are uncovering better ways for asthma drugs to penetrate into the lungs, and one method involves the use of nano-particles as delivery vehicles. Will patients be favourable to the idea of inhaling synthetic particles that readily enter one's tissues? The answers to these questions will likely turn on how our population will perceive innovations in biotechnology, nanotechnology and genetic engineering, and be greatly influenced by how popular culture portrays these modern sciences. Have the media and science-fiction writers set a foundation where our population will embrace these innovations, or will fears propagated by pop-culture brand these therapies as bad medicine? The rise of either perception can influence what will become commercialized science and what will remain science-fiction.

Philippe-Aubert Côté (doctorant en sciences biomédicales, option bioéthique, Université de Montréal)

« La science-fiction : un outil de travail en bioéthique? »

Certains scientifiques déplorent l'image parfois négative que la SF donne de la science auprès des profanes, lesquels nourrissent alors des craintes parfois non fondées envers la moindre innovation technologique. D'autres, au contraire, attribuent à la SF le rôle de prédire l'avenir en anticipant les progrès technologiques. Selon nous, ces deux facettes rendent la SF non seulement incontournable dans le travail du bioéthicien, mais pourraient même en faire un outil de travail intéressant en bioéthique.

En effet, au cours de son travail, le bioéthicien tente de clarifier et, si possible, de résoudre les questions éthiques soulevées par une innovation technoscientifique donnée (par exemple le recours aux cellules-souches embryonnaires). Cette réflexion nécessite souvent de recenser dans la population générale (via la littérature ou en procédant à une étude sociologique) les perceptions qu'ont les gens de l'innovation étudiée. Or, ces perceptions sont souvent influencées par la SF. De plus, le bioéthicien, comme de nombreux autres spécialistes, doit souvent anticiper les enjeux éthiques que soulèveront des technologies qui ne se sont pas encore concrétisées (par exemple certaines nanotechnologies). Cet exercice difficile peut être facilité par le recours à la SF, plusieurs écrivains ayant imaginé des technologies - avec leurs aspects éthiques respectifs - qui se sont matérialisées ou qui pourraient se matérialiser. La SF pourrait donc devenir, à l'intérieur de certaines limites, un outil intéressant pour accompagner le travail du bioéthicien.

Dans cette communication, nous voulons montrer comment la SF est incontournable en bioéthique. Nous verrons d'abord comment la science-fiction peut influencer les perceptions qu'ont les gens de la science - ce qui pose la question à savoir si la SF a la responsabilité de montrer la science sous un jour adéquat. Nous verrons ensuite comment la SF peut, à l'intérieur de certaines limites, constituer un outil intéressant pour alimenter la réflexion en bioéthique.

Jean Levasseur (Études françaises et québécoises, Université Bishop's)

« La science (et la science-fiction) contre la corruption politique et l'exploitation du citoyen  »

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, la science (et la science-fiction), au XIXe siècle déjà, a joué un rôle à la fois littéraire et symbolique dans la lutte contre l'intelligentsia politique et économique de la province. Dans le roman de 1884, Un revenant, de Rémi Tremblay, le lecteur assiste en effet, impuissant, en ouverture de récit, à la ruine tant de sa réputation que de son portefeuille, par un triumvirat malveillant, du jeune Léon Duroc, que l'amour, la naïveté et l'honnêteté avaient mené à la déchéance. Ainsi forcé de participer à la Guerre de Sécession américaine, il vivra des aventures qui seront pour lui l'occasion d'une rencontre des valeurs nouvelles de ce jeune pays; plus mature, et plus apte à comparer et évaluer les tenants et aboutissants des visages de la démocratie présents dans les deux contrées, il reviendra à Montréal, au terme du conflit, ce Montréal qui l'avait vu mourir, pour obtenir vengeance et réparation. Son arme: la fantasmagorie, cette science ancêtre du cinéma qui, longtemps, s'était entouré d'une auréole de mystère et de paranormal dans l'Europe du XVIIIe et du XIXe siècle. Jouant sur la méconnaissance de cette «nouvelle» science, ce jeune homme issu d'une classe sociale modeste reprendra son dû et vaincra ces personnages qui, l'auteur l'avait ainsi désiré, représentaient clairement trois hommes politiques fort connus de la population québécoise.

Lors de cette intervention, nous désirons nous attarder d'abord sur le raisonnement scientifique de l'auteur et sur la vraisemblance de son utilisation, dans un cadre où interviennent, ou plutôt semblent intervenir, des revenants. Parallèlement, il serait d'intérêt de réfléchir sur le message sous-jacent du texte, où le simple citoyen, sans voix et sans pouvoir, utilise la science (-fiction) pour vaincre trois personnages que le lecteur pouvait facilement identifier comme trois des hommes politiques les plus influents de son époque : Adolphe Chapleau, ex-premier ministre du Québec, son acolyte de toujours et organisateur politique Arthur Dansereau, et le financier opportuniste, l'un des hommes d'affaires francophones les plus importants du XIXe siècle, Louis-Adolphe Senécal.

Mario Tessier (Bibliothèque de Laval et chroniqueur revue Solaris et Agence Sciences Presses)

« L'image de la ville de Québec à travers quelques oeuvres de science-fiction »

À l'occasion du 400e anniversaire de la fondation de Québec, on se penchera sur l'image de la ville de Québec, telle que véhiculée dans les oeuvres d'anticipation et de science-fiction principalement canadienne française, du milieu du XIXe siècle jusqu'à l'orée du troisième millénaire. De Jules Verne à Esther Rochon, de la ville du futur à la cité anéantie, on présentera brièvement les romans et nouvelles où l'on parle de la cité de Champlain. On examinera également les uchronies qui remettent en question l'état actuel du fait français en Amérique. La communication sera présentée sous forme de diaporama.

Jean-Louis Trudel (Histoire, Université d'Ottawa / CIRST)

« Québec, 1900 : la réinvention imaginaire d'une ville »

À la fin du XIXe siècle, la difficile conjoncture économique oblige la ville de Québec à se réinventer.  Tandis que la capitale se redonne un passé symbolisé par la reconstruction de ses fortifications et le lancement du Carnaval, certains de ses citoyens les plus éminents rêvent d'en faire une ville également tournée vers l'avenir et généralement acquise aux valeurs du progrès contemporain.  Dans les écrits de Charles Baillairgé, de Georges Boucher de Boucherville, d'Arthur Buies et de Nazaire Le Vasseur s'exprime un enthousiasme pour la rationalité technique qui est matérialisé par des projets novateurs, sinon grandioses : nouveaux chemins de fer vers le Labrador ou la baie James, ponts et canal d'utilité locale, centrale électrique marémotrice...  Même si des voix sceptiques s'élèvent pour prêcher plus de mesure, dont celles de Damase Potvin et Jules-Paul Tardivel, elles participent souvent du même volontarisme et désir de rénovation nationale.  Les discours des uns et des autres gagnent à la comparaison et ils illuminent quelques échos postérieurs (chez Armand Grenier ou Thomas Bernier, par exemple).  L'effondrement du pont de Québec en 1907 scellera la fin de cette période dont on n'a jamais analysé auparavant les utopies techniques, les rapports multiples entre auteurs et pamphlétaires, alternant entre conférences posées et fictions visionnaires pour redonner un futur à une ville qui ne voulait pas être sauvée seulement par son passé.