Colloque 2007

Département d'Études françaises de l'Université Concordia,
dans le cadre du 24e congrès Boréal

Univers parallèles et autres non-lieux

Toute la science-fiction, et à plus forte raison la fantasy et une part du fantastique, s'inscrit dans des «non-lieux», des univers parfois parallèles, parfois divergents et parfois perpendiculaires: planètes ou galaxies entièrement différentes, cultures ou époques inédites. Les ouvrages qui se transportent dans ces lieux imaginaires nous invitent à jeter sur notre propre monde un regard en biais qui nourrit une critique et une réflexion salutaires. Dans cette veine, nous invitons les chercheurs à se pencher plus particulièrement sur les apports spécifiques de l'utopie et surtout de l'uchronie (ou histoire parallèle). Celle-ci jouit en effet d'une popularité grandissante. Abordée par plusieurs auteurs québécois (Alain Bergeron, Daniel Sernine, Élisabeth Vonarburg), elle a aussi inspiré plusieurs auteurs français (Ayerdhal, Xavier Mauméjean, Pierre Pevel), sans parler des écrivains anglo-américains, des pionniers jusqu'aux plus récents (Susanna Clarke, Tim Powers, Jo Walton). Dans la foulée de chercheurs québécois tels Marc Angenot, Guy Bouchard, Richard Saint-Gelais et Gérard Bouchard, nous espérons relancer de vieux débats et défricher de nouvelles questions. L'uchronie est-elle intrinsèquement nostalgique ou rassurante? Dans ce cas, que faut-il penser des uchronies fascisantes (Franchoupia)? Et que dire des uchronies fondée sur une histoire secrète, voire un fonctionnement différent des lois de la nature? L'uchronie ou l'utopie offrent-elles des voies de sortie pour une science-fiction en perte de vitesse? La réflexion sociologique, philosophique et politique n'y trouverait-elle pas non plus de nouveaux territoires à quadriller?

Kawthar Ayed

Université d’Aix-en-provence (France) et de Sousse (Tunisie)
Doctorante tunisienne en 3e année de thèse en co-tutelle, sous la co-direction de M. Roger Bozzetto et Guy Larroux. Le sujet de la thèse porte sur la fiction d’anticipation occidentale et arabe et l’expression de la crise. Deux articles publiés et trois en cours de publication. Huit participations à des colloques internationaux en Tunisie, en France et en Espagne

L’utopie dans l’imaginaire arabe
Les cités utopiques fleurissent dans l’imaginaire arabe au XIXe siècle pour remettre en cause l’hégémonie ottomane et les vagues de colonialisme. Le rêve permet, sur le plan narratif, de découvrir ces cités et de voyager dans le temps et dans l’espace. Mais, au cours du XXe siècle, le rêve est remplacé par le cauchemar qui introduit désormais un monde sombre et ténébreux.

Philippe Clermont

Institut Universitaire de Formation des Maîtres d'Alsace
Maître de conférences à l'Institut Universitaire de Formation des Maîtres d'Alsace (F – Strasbourg). Ses recherches le conduisent à étudier les «littératures de l'imaginaire», et plus particulièrement la science-fiction. Ses travaux ont notamment porté sur l'influence du darwinisme dans la littérature de SF, et concernent plus récemment la SF et la fantasy pour la jeunesse.

Derniers articles parus:
«Poétique de l'évolutionnisme chez Greg BEAR», in R. Bozzetto et G. Menegaldo (dir.), Colloque de Cerisy — Les nouvelles formes de la science-fiction, Paris, éd. Bragelonne, coll. «Essais», 2006, p. 81-107.
«Science darwiniste et fiction spéculative: l'exemple de J.H. Rosny Aîné», in revue Alliage, n° 57-58, mars 2006, p. 160-168.
«Visions d'altérité chez Rosny aîné», in revue Otrante, n° 19-20, dossier «J.-H. Rosny aîné et les autres formes», Paris, éd. Kimé, novembre 2006, p. 81-96.

La rupture utopique: Aspects de l'utopie féminine contemporaine en science-fiction
Dans une double perspective diachronique, la communication propose d'étudier, d'une part, dans quelle mesure certains récits de science-fiction féminine à caractère utopique auraient suivi l'évolution de la pensée féministe depuis les années 1970; et d'autre part, en quoi les récits utopistes féminins se démarquent des utopies masculines traditionnelles. Des constantes dans la représentation utopique sont les premières caractéristiques abordées, suivies d'une analyse de l'organisation narrative propre aux utopies féminines en science-fiction. Le bilan sur les ruptures avec le modèle de référence du récit utopique masculin conclut davantage à des relations d'intertextualité entre les récits étudiés des années 1970 et ceux des années 1980-2000, plutôt qu'à une influence déterminante de l'évolution des études savantes féministes.

Alain Ducharme

Collège de Bois-de-Boulogne
Ingénieur de formation, Alain Ducharme enseigne maintenant la physique au collège de Bois-de-Boulogne. Sa nouvelle «Montréal: trois uchronies», publiée en 2005 dans les pages de la revue Solaris, fut récompensée d'un prix Aurora.

La construction d'uchronies et le zeitgeist d'une époque: une étude pratique
Dans le texte «Montréal: trois uchronies», Alain Ducharme présente trois univers où le point de divergence exploite des facettes réelles de l'histoire montréalaise. Au cours de cette présentation, l'auteur compte décortiquer certains passages de son texte afin d'illustrer une approche de la construction d'uchronies basée sur l'amplification de tendances sociales ou historiques. L'auteur entend aussi démontrer la relation naturelle entre le point de divergence d'une uchronie et les paradigmes qui soutiennent la toile de fond d'un récit.

Juan Munoz

Université de Montréal
Juan Munoz fait un doctorat en littérature comparée à l'Université de Montréal et son sujet de thèse porte sur le cyberpunk latino-américain. Ses intérêts sont centrés sur la science-fiction, la dystopie, la théorie critique et la culture populaire. Actuellement, il écrit un roman de science-fiction en espagnol, lequel fera partie d'une trilogie intitulée Le cycle de la glomula.

L'Uchronie et le tupinipunk
Le tupinipunk, ou le cyberpunk brésilien, partage certaines affinités esthétiques avec son modèle nord-américain, mais se distingue également de celui-ci par ses thématiques et ses inquiétudes exclusivement «brésiliennes». Parmi ces différences, on trouve une vision de l'histoire qui interroge les fondements de la modernité et de l'identité nationale. En regardant la temporalité que présente un roman comme Santa Clara Poltergeist (1991), on discutera du rapport qui s'établit entre cette forme de «punk» et l'uchronie.

Amy J. Ransom

Anna Maria College
Amy J. Ransom possède un doctorat en littérature française de l'Université du Minnesota. Elle concentre ses recherches sur les littératures de l'imaginaire du Québec et du Canada français depuis une dizaine d'années. Son livre (en progrès) "Alien Nation: Québec, Science Fiction and the Postcolonial" sortira en 2009.

Utopie, dystopie et uchronie dans la saga SFQ
Cette communication explore l'usage des tropes de l'utopie, de la dystopie et de l'uchronie dans les romans à volumes multiples de la science-fiction québécoise, ce que j'appelle la saga SFQ. Nous verrons comment la pentalogie Tyranaël (1996-1997) d'Élisabeth Vonarburg aussi bien que sa pentalogie Reine de mémoire (2005-2006), le Cycle de Vrénalik (1974-2000) d'Esther  Rochon avec ses Chroniques infernales (1995-2000), et la «trilogie en cinq  volumes» L'Oiseau de feu (1989-1997) de Jacques Brossard reflètent les  traits de l'utopie ouverte décrit par Darko Suvin (1988), de la dystopie  critique telle que la définit Tom Moylan (2000) et de l'uchronie «ouverte»  qui se distingue des définitions rigides de l'«alternate history» anglo-américaine.

Nicholas Serruys

Université de Toronto
Nicholas Serruys est doctorant en littérature dans le Département d’Études françaises à l’Université de Toronto. Ses recherches portent sur la science-fiction québécoise contemporaine. Il est en début de thèse et actuellement en fin d’échange à l’École Normale Supérieure, Paris. Il est membre du
Centre d’Études et de Recherches sur les Littératures de l’Imaginaire (CERLI, Université de Paris XII) et participe à la revue Solaris en tant que chroniqueur depuis le tout dernier numéro.

Vers de nouvelles variantes des poétiques de l’utopie et de l’uchronie chez trois auteurs de la science-fiction québécoise contemporaine: les dimensions spatio-temporelles chez Jean-Pierre April, Daniel Sernine et Élisabeth Vonarburg
Qu’il s’agisse de faire dériver un événement indésirable afin de contourner le cheminement de l’Histoire telle quelle ou d’offrir une conjecture anhistorique sur les frontières qui régissent la façon dont le continuum spatio-temporel se conçoit, les spéculations uchroniques permettent de postuler, dans un contexte littéraire plus ou moins distancié, des perspectives (méta)historiques — et parfois des prospectives inouïes. Ces spéculations peuvent servir de portes d’entrée à de nouveaux paradigmes, à la conscience de la causalité et de la construction de l’historicité, ainsi qu’au rôle que pourrait jouer l’individu — pour le mieux ou le pire — en exerçant une influence sur certains phénomènes et ainsi provoquer des effets qui changent la structure même du système à partir duquel la suite du temps est organisée.

L’utopie, de son côté, se concerne également avec l’exploration de mondes autres, mondes qui se cristallisent en tant qu’analogies ou extrapolations parallèles, tout à fait distanciées, ou bien perpendiculairement éloignées du monde empirique. Mais, comme sa signification de non-lieu l’indique, elle s’occupe plutôt de l’espace que du temps. Selon la perspective particulière du projet politique précis que l’utopie propose, ce monde est mis en valeur ou en cause, souvent de manière ambiguë.

Nous proposons d’abord de brosser le tableau de l’étendue actuelle de la taxonomie déterminant ces sous-genres, nous appuyant surtout sur les travaux de Lyman Tower Sargent pour l’utopie et sur ceux de Karen Hellekson pour l’uchronie. En conciliant la tripartition des variantes dans l’approche idéologique de Sargent avec celle dans l’approche paradigmatique de Hellekson, nous étendrons et nous préciserons l’apport particulier des dimensions les plus répandues dans les deux sous-genres. Dans une seconde étape, en guise d’élucidation et d’approfondissement des répartitions qui nous semblent incomplètes, nous y rajouterons nos propres termes. Ensuite, nous explorerons, à la lumière de ces unités, comment les œuvres littéraires, du Québec comme d’ailleurs, s’inscrivent soit strictement dans un de ces cadres, soit comment elles en font la combinatoire pour inventer de nouvelles hybridités sous génériques, procédé qui pourra nous mener à saisir la (ou les) spécificité(s) de la science-fiction québécoise (SFQ) contemporaine par rapport aux pratiques d’ailleurs.

Mirella Vadean

Université Concordia
- Doctorat PhD SIP, Études françaises, Université Concordia. Sujet: «Le virtuel symbolique, leitmotiv wagnérien dans Le Seigneur des Anneaux de Tolkien. Mythologie, philosophie musicale et nouvelles dimensions: étude comparée intertextuelle et intermédiatique».

- Assistante de recherche en littérature, Groupe de recherche sur les entrées solennelles dans les villes françaises à la Renaissance (1484-1615), direction Marie-France Wagner (CRSH – GTRC, 2005 – 2008).
- Chargée de cours, département d’études françaises, université Concordia.

L’Anneau, cercle de transcendance dans le Seigneur des Anneaux de Tolkien. Vers un univers parallèle, fantastique
Au même titre que la science-fiction et la fantasy, le fantastique a souvent été analysé comme genre qui interroge la «logique et ses timidités». Édifié sur le préfixe «dé: dé- placer, dé- raisonner, dé- naturer», il fait prévaloir «le plus que réel». Notre propos est de considérer la spécificité textuelle du fantastique et d’en estimer la portée analytique dans le récit (le film) du Seigneur des Anneaux de Tolkien. Prenant comme objet l’anneau, symbole d’alliance avec l’au-delà de notre réalité et partant des spécificités issues de la sémiotique et de la géométrie du cercle, nous enclenchons, dans un premier temps, le processus de la transcendance. Permet-elle de restituer une nouvelle réalité, celle du fantastique? Dans un deuxième temps, nous problématisons la mise en place d’un univers parallèle. Est-il en mesure de fonder son mythe sur l’uchronie? Quel impact a-t-il sur le lecteur? Finalement, nous envisageons l’adhésion du lecteur au «jeu» du fantastique. Se laisse-t-il séduire par la peur, par l’étrange et par le mystère? Toutes ces caractéristiques relèvent de l’authenticité du fantastique. Il est habilité à faire voir un point de vue des plus adaptés sur notre réel, d’où découle d’ailleurs, l’apport particulier de ce genre.